08 septembre, 6h
Martin ouvre les yeux.Des yeux gonflés.Les yeux d' un homme qu' une nuit froide et agitée n' a pas eu la décence de laisser dormir.Une nuit pleine d' images troubles, reliquats d' une existence sans intérêt.
Dehors le soleil ne semble pas avoir encore pointé son nez et c' est tant mieux car Martin redoute son apparition.Martin vit habituellement la nuit.Mais il le sait, s' il veut que le plan qu' il prépare fonctionne, il doit changer ses habitudes, se mêler à ceux qu' il méprise......
Les jambes engourdies, un mal de tête qui s' apparente à une migraine, martin se décide à se lever.Il doit très vite se mettre en route, quitter ce bois avant que le soleil ne se lève afin que personne ne le voit en ressortir car en réalité Martin n' est pas un homme tout à fait libre de toute entrave, il est recherché.
Il se met en route après avoir jeté un oeil au dehors par la seule fenêtre de la cabane aux vitres inexistantes.Il pleut à verse.Déjà, au loin, on devine que le soleil ne va pas tarder à apparaître.Il ouvre la porte, sort et se retourne, jette un dernier regard vers l' intérieur de la cabane comme s' il voulait s' assurer que tout est bien en "ordre" et se décide à parcourir le chemin qui le sépare de la civilisation.
La marche est difficile, le sol jonché de cailloux rends chacun de ses pas hésitant, chaque feuille, chaque branche qui jonche le sol peut cacher un piège, un trou dans lequel chacune de ses chevilles peut se briser.
Les arbres qui l' entourent semblent morts, leur tronc au bois pourrissant donnent l' impression que ceux-ci peuvent chuter à tout instant.Les lieux semblent hantés par quelque créature malfaisante.
Mais le plus surprenant c' est ce silence, toujours ce silence.La vie a semble t-il définitivement quitté cet endroit lugubre.
Martin est trempé jusqu' aux os, vêtu de son simple pull-over rouge, d' un vieux jeans élimé et d' une paire de baskets noires à l' extrémité desquelles on devine pointer les gros orteils, signe qu' elles sont en fin de vie.
Après une demi-heure de marche, Martin atteint enfin la sortie du sous-bois.Au loin, on entends un bruit de moteur.D' abord faible, il semble s' intensifier.Une route passe à quelques mètres de la foret.Martin décide d' attendre que le véhicule qui semble être responsable de ce bruit passe : il ne veut pas être vu.Alors un vieux pick-up passe en trombe sur cette route qui semble ne mener nulle part.Le véhicule, conduit par un vieil homme, fait un bruit de ferraille.Il semble bien pressé.Aurait-il le diable au train?
La route, en mauvais etat, ne semble pas effrayer le chauffeur qui continue à rouler, à vive allure.A l' arrière, une bâche laisse deviner la présence d' une bête dont les sabots dépassent légèrement du bord de la toile.Notre homme semble être un chasseur pressé de retrouver la chaleur de son logis.
Une fumée épaisse se dégage du pot d' échappement, les jantes rouillées sont dissimulées sous une épaisse couche de boue, résultat d' une pluie qui n' a certainement épargné personne.Mais voilà que déjà, il s' éloigne.Martin jette alors un oeil à droite, puis à gauche, s' assurant qu' aucun autre véhicule ne s' approche, et décide finalement à se remettre en route.D' abord fébrile, il choisit l' option de marcher sur le bord de la route au cas ou un autre véhicule ferait son apparition.C' est à ce moment très précis que la pluie s' arrête et que le soleil montre enfin son visage.
Après une marche d' une bonne heure et sans encombres, Martin aperçoit au loin, une petite ville, celle dans laquelle il a vécu une large partie de sa vie.Une ville de carte postale, presque une vision idyllique si ce n' étaient les énormes nuages blancs qui au loin troublaient la vue du panorama, des nuages indiquant la présence d' usines de textiles.Une ville ouvrière........
Martin, essoufflé, décide de s' octroyer un petit moment de repos.Il s' assoie, sur le bord de la route, s' assurant que là ou il est, personne ne s' apercevra de sa présence.
les jambes ramenées sur son torse, grelottant, il met sa tête entre ses genous et ferme les yeux.
"MARTIN ! REVEILLE TOI !" dit une voix familière.
Martin lève la tête et sa mère est là, dans une robe à fleurs, une lourde valise dans la main gauche, tenant celle de Martin dans l' autre.Il font face tout deux à une grande maison dans laquelle ils vont vivre désormais.Cela fait un an maintenant que le père de Martin est mort.Depuis, sa mère s' est remariée à un homme.Cette maison, elle est à lui!
Martin, au début semblait voir en cet homme, celui qui pourrait peut-être changer son existence misérable, mais ayant surpris un jour sa mère et son beau-père en pleine conversation, il avait compris qu' au yeux de ce dernier, il resterait l' éternel cheveu dans la soupe, celui dont on ne veut pas.Et pourtant, les années passant, ni sa mère, ni son beau père ne levèrent la main sur lui.Pas une seul fois.La vie ne fut pourtant pas rose pour Martin qui dû intégrer un nouvel établissement scolaire dans lequel il n' arriva jamais à se faire accepter.Sa personnalité, froide et ambiguë.Ses tenues vestimentaires déplorables dues au manque d' intérêt et au délaissement de sa mère pour lui, ses absences régulières finirent de donner de lui, une image plus que négative.La seule personne qui eu un minimum d' intérêt pour lui fut une jeune fille, bien sous tout rapport.Lorsqu' ils étaient ensembles, les rirent fusaient dans les couloirs, dans la cour de recréation et à la cantine.Étrange que de voir cette si jolie fille s' intéresser à un "cas" comme Martin.Elle qui était entourée d' amis, qui avait semble -t-il une vie sociale parfaite, intégrée de façon admirable, qui était même un exemple pour certains.Mais que pouvait donc t' elle trouver d' attirant chez lui ?
Le plus troublant était le comportement de Christelle.Lorsqu' elle était avec Martin, elle semblait être bien, mais avait du mal à avoir un contact physique avec lui.Avec ses amies, elle semblait moqueuse envers lui.Mais Martin, qui espérait tant de cette amitié entre eux, préférait penser que tout cela n' était que pure imagination, que son esprit tordu lui jouait des tours.Plus les jours passaient, et plus Martin désirait Christelle.Très timide Martin avait du mal à lui livrer ses sentiments mais un jour, n' y tenant plus, il l' attira dans un coin sombre de la cour de recréation et lui dit tout son amour pour elle, son désir de lui faire l' amour, de tout partager avec elle.Il prit sur lui pour ne pas défaillir, il se livra de façon maladroite mais à sa grande surprise, Christelle sembla touchée.C' est alors qu' elle lui proposa de la rejoindre, le lendemain, après les cours, dans le bois d' à coté ou se trouvait une vieille cabane abandonnée.Martin accepta et le sourires aux lèvres, quitta Christelle, charmé à l' idée de la voir, pour une fois, en dehors du milieu scolaire.
Le lendemain, après une journée de cours bien remplie, et après avoir, au matin, prévenu sa mère qu' il risquerait de rentrer tard (cette dernière ne put s' empêcher de lui rétorquer que s' il le désirait il pouvait ne pas rentrer du tout), il se dirigea vers le bois, presque en courant, pressé de retrouver sa princesse, la seule qui semblait le comprendre, l' accepter telle qu' il était.Il connaissait déjà, à l' époque, l' existence de la vieille cabane, il ne tarda pas,par conséquent, à la trouver.A l' époque, elle ressemblait encore à un lieu habitable, la seule fenêtre qui la constituait possédant encore une fenêtre et même des volets.
Approchant lentement, il devina une présence à l' intérieur de la cabane.Arrivé à destination, il ouvrit la porte, et le spectacle qu' il vit le ravissa.
Christelle était là, dans une de ses plus belles robes.Les cheveux qu' elle avait blonds et qui habituellement était noués derrière, recouvraient aujourd'hui ses épaules.En attendant l' arrivée de Martin, elle en avait profité pour installer des bougies un peu partout à l' intérieur et les avait allumées.Martin s' approcha d' elle, ne put s' empêcher de la humer.Un doux parfum de vanille se dégageait du cou de Christelle.Il se pencha pour l' embrasser lorsqu' elle mit un doigt devant la bouche de Martin et lui dit:
"Martin, déshabilles-toi.Regarde, j' ai disposé un matelas sur lequel je veux que tu t' allonge nu.Je vais éteindre une à une les bougies que j' ai apportées et je te rejoindrai ensuite".
Martin, ne se faisant pas prier et ému tout à la fois, s' exécuta.En même temps, plus il se dévêtait et plus il se sentait bête dans ses vêtements datant d' une autre époque.A chaque vêtement qu' il ôtait, la lumière se faisait plus rare au fur et à mesure que Christelle éteignait les bougies.....
Quand enfin, Martin se retrouva entièrement nu et que l' obscurité fut totale, Christelle s' approcha de son oreille et lui murmura :
"Martin, j' ai une surprise pour toi"
L' esprit de Martin se mit à tournoyer, imaginant Christelle se dévêtir devant lui, s' approcher de lui, l' embrasser et lui faire l' amour.
C' est alors que la porte d' entrée s' ouvrit brutalement.La lumière s' engouffra dans la pièce et ce que vit Martin le marqua à jamais.Christelle, toujours habillée, était entourée de ses amies,celles là même qui riaient lorsque Martin et elle étaient ensembles au collège.L' une d' entre elles portait un panier d' ou semblaient déborder des fruits.Là aussi elles riaient, mais cette fois accompagnées du rire de Christelle, et pour Martin, il ne faisait aucun doute qu' il s' agissait là de rires moqueurs.Christelle regarda Martin droit dans les yeux et lui dit:
"Mon pauvre Martin, crois-tu que toi, pauvre misérable petit être, tu pourrais avoir ne serait-ce que le début d' une chance, d' un espoir de vivre quelque chose avec moi?"
"Mais regardes toi.Tu me dégoûte.A chaque fois que tu t' approche de moi, j' en ai la nausée.J' ai presque l' impression d' être violée par ton regard.Tu n' as pas compris que tout ce temps que nous avons passé ensemble, je me suis jouée de toi?Maintenant profites du spectacle, tu en es l' acteur principal"
Ces quelques mots furent accompagnés des rires des amies de Christelles qui se penchèrent vers le panier que l' une d' entre elle avait apporté avec elle et se servirent à tour de rôle de ce qui semblaient être de vieux fruits pourris.Elle jetèrent alors, et de façon méthodique, les fruits au visage de Martin qui se retrouva très vite recouvert d' un liquide poisseux.
L' esprit tourmenté, il se mit en chien de fusil, allongé sur le matelas maintenant imbibé de jus de fruit pourris et ferma les yeux avec l' unique espoir que tout finisse le plus vite possible..........
Martin, un cri au fond de la gorge, mais qui n' arrive pas à émerger, ouvre les yeux.La sueur au front, il réalise qu' il n' a fait, une fois de plus, que se remémorer de vieux souvenirs.Totalement déboussolé, il se hâte de se lever afin de ne pas perdre une minute et se dirige à grands pas vers le future théâtre de ses obsessions l' esprit toujours troublé par ce qu' il vient de se remémorer, l' envie de montrer au monde son envie de laisser sa marque se faisant de plus en plus irrépressible................